catholicisme et nouvelle droite  
Il paraît qu'Anarchasis est un agent sioniste !

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 (1) Contre-enquêtes publiées notamment dans L’Humanité et Golias.

(2) L'Humanité du mercredi 21 avril 99. Notons que Garnier était l'un des souscripteurs de la revue « anarchiste de droite » et antisémite, L'Homme Libre, (cf. Collectif, Les faussaires de l'histoire, Villeurbanne, Golias 1997).

(3)  Bernard Notin, maître de conférence en sciences économique dans la même université de Lyon III, défendait par un article paru dans la revue historique Économies et Sociétés, n° 8/ déc.1989 une position négationniste. Il s’est  vu retirer son enseignement à l’université.
 
 
 
 
 
 
 
 
 

(4) Jean-Dominique Durand dirige l'unité mixte de recherche « Textes et histoire du christianisme ». Il est également conseiller culturel de l'ambassade de France auprès du Vatican. 

(5) Rappelons que René Rémond avait contribué, par son rapport versé au procès, au non-lieu pour Paul Touvier. Ses propres positions sur le négationnisme font l'objet d'un débat.

(6) L’utilisation de ce nouveau signifiant n’est pas à négliger. En définissant les sectes comme Nouveaux Mouvements Religieux, ces spécialistes leur donnent implicitement une autonomie et une reconnaissance comme religions et non plus comme sectes. Cette nouvelle appellation leur fournit un nouveau statut utile dans leur implantation (l’État français fait, par exemple, la différence entre religions et sectes. Les premières bénéficient d’une tolérance tacite).

(7) Cette question transparaît également dans les travaux d'Yves Lequin sur la laïcité lorsqu'il dirige le colloque à Besançon en 1992 sur Enseigner l'histoire des religions dans une démarche laïque, auquel participe Régis Ladous.

(8) Par exemple, Massimo Introvigne a témoigné en faveur de l’église de scientologie au procès de Lyon.

(9) Relevé notamment dans Jean-Yves Camus et René Monzat, Les droites nationales et radicales en France, répertoire critique, Lyon, PUL, 1992.

(10) Pierre Tévanian et Sylvie Tissot, Mots à maux, dictionnaire de la lepénisation des esprits, Paris, Dagorno, 1998, p. 33.

Voir également :

Pour ne se laisser pièger par les sectes

réseau Voltaire
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

Négationnisme et nouvelle Droite :
un professeur au dessus de tout soupçon
En juin 1999, "l'affaire Plantin" a rappelé le rôle des universitaires dans la stratégie d'occupation du champ culturel menée par l'extrême-droite. Les déclarations à la presse du professeur Régis Ladous, mis en cause, le montrent sous les traits d'un naïf, ayant échoué dans sa tentative de ramener à la raison les étudiants révisionnistes ou d'occuper le terrain pour contrer ses collègues d'extrême-droite dans les universités lyonnaises, particulièrement noyautées. Pourtant, une étude plus approfondie permet d'infirmer cette appréciation.
Des universitaires complaisants
Rappelons brièvement les faits principaux. En 1990, Jean Plantin, étudiant en histoire à Lyon III, soutient une maîtrise consacrée au pionnier du négationnisme, Paul Rassinier, sous la direction de Régis Ladous, qui lui décerne une mention Très Bien. L'année suivante, Lyon II lui délivre un DEA d'histoire contemporaine pour son travail sur "les épidémies de typhus exhanthématique dans les camps de concentration ", dirigé par Yves Lequin. En juin 1999, suite à la condamnation de Jean Plantin pour publicité d'ouvrages négationnistes dans sa revue Akribeia, une contre-enquête a permis de montrer dans quelles conditions scandaleuses Jean Plantin avait obtenu ces diplômes (1). Depuis, Régis Ladous et Yves Lequin ont dû tous deux démissionner de leurs fonctions respectives de présidence des DEA d'histoire des religions à Lyon III et d'Histoire moderne et contemporaine à Lyon II. 
Interrogé par les journalistes, Régis Ladous explique : "cette maîtrise était tellement grotesque que je me suis dit qu'après cela, personne ne pourrait plus prendre Rassinier au sérieux ".  Il se range volontiers derrière la mission universitaire : "C'était une période pédagogique. Je voulais faire réfléchir les étudiants révisionnistes. Je me suis vite rendu compte qu'ils étaient indécrottables comme dans une secte. J'ai dirigé le jury qui a refusé le DEA de Garnier. Un vrai délire. Il m'a fait un procès et je l'ai gagné." (2)
Si cette défense ne brille pas par la finesse, elle a le mérite de lui éviter les ennuis qui résulteraient de l'application de la loi Gayssot. Sur ce point, Régis Ladous avait déjà pris soin de se couvrir. En compagnie de cinq autres collègues lyonnais, en l'occurrence Christophe Charle, Bernard Delpal, Henri Morsel, Claude Prudhomme et Jean-Dominique Durand, il avait signé une pétition condamnant les falsifications de l'histoire au moment de l'affaire Bernard Notin (3). Celle-ci fut publiée dans le Monde du 29 avril 93. On peut supposer que cette signature permettait à certains pétitionnaires de se dédouaner d'erreurs passées (par exemple, avoir dirigé des mémoires négationnistes), tout en défendant d'ailleurs une position souple sur les sanctions à prendre. 
Aujourd'hui, Régis Ladous explique sa démarche scientifique en se rangeant derrière l'objectivité historique : "l'historien que je suis, regrette qu'il devienne impossible de mener des recherches scientifiques sur l'histoire du racisme, du négationnisme et de l'extrême droite, lorsque l'on confond systématiquement la direction de recherche sur des idées scandaleuses et l'adhésion à ces idées."
Régis Ladous, la nouvelle droite et les sectes
Historien du catholicisme moderne et contemporain, Régis Ladous est l'auteur de travaux variés, notamment sur l'histoire politique et religieuse des sciences (Des Nobels au Vatican : la fondation de l'académie pontificale des sciences ou encore Darwin, Marx, Engels, Lyssenko et les autres), mais aussi un abrégé sur le spiritisme aux éditions dominicaines du Cerf, et des entretiens - en compagnie de son collègue Jean-Dominique Durand (4) - avec le célèbre historien catholique de droite René Rémond (5). Plus récemment, en tant que spécialiste de la Russie, il a publié aux éditions L'Age d'Homme une étude sur la communauté mystique orthodoxe de Nicolas Népluyev (1997), sujet auquel il avait déjà consacré un article dans Politica Hermetica, une revue de la Nouvelle droite consacrée à l'étude des liens entre ésotérisme et politique. Il est enfin le co-auteur, toujours avec Jean-Dominique Durand, d'une longue interview avec Andrea Riccardi, président de la communauté catholique ścuménique Sant'Egidio, dans laquelle celui-ci appelle au dialogue interreligieux le plus large, et admet qu'un dialogue de l'Église avec les nazis aurait été salutaire.
Est-ce dans cette optique de dialogue interreligieux que Régis Ladous appartient à la direction italienne du CESNUR (Centro Studi sulle Nuove Religioni fondé en 1988), présidé par monseigneur Luigi Casale (historien et archevêque catholique romain) et animé par l'avocat Massimo Introvigne ? Officiellement, le CESNUR se définit comme une organisation internationale réunissant des scientifiques spécialistes des religions (sociologues, historiens, philosophes, anthropologues, psychologues) pour étudier ce qu'ils dénomment les "nouveaux mouvements religieux", c'est-à-dire les sectes (6). Cette organisation se bat notamment pour une remise en cause de la laïcité française en faveur d'une "tolérance laïque ", c'est-à-dire un pluralisme religieux et anti-matérialiste. En 1996, le CESNUR s'est singularisé par un recueil d'articles universitaires intitulé Pour en finir avec les sectes, critiquant le rapport parlementaire français, avant de soutenir dans un rapport commandé par l'OSCE, la position des États-Unis, qui accusent la laïcité française d'être contraire à la liberté religieuse (7). Ce discours fondé sur l'appel à la tolérance et à l'intégrité scientifique couvre mal le fait que les recherches de certains membres du CESNUR sont financées par les sectes concernées.
Nouveau champion de la liberté religieuse (8), Massimo Introvigne bataille farouchement contre les associations anti-sectes. Militant du parti italien Allianza Cattolica, il est surtout un membre actif de la très traditionaliste communauté Tradition Famille Propriété, fondée au Brésil en 1960 par Plinio Correa de Oliveira. En France, l'association Avenir de la culture, qui a joué un rôle très important dans la lutte anti-pacs, est un épigone de TFP. Massimo Introvigne a également fait partie du groupe de Thèbes, qui se réunissait dans les locaux du Grand Orient De France, en compagnie de Christian Bouchet, alors leader de Nouvelle Résistance et du groupe crowleyien para-maçonnique Ordo Templi Orientalis
A la direction du CESNUR, Régis Ladous se trouve en compagnie d'autres "éminents experts" comme le néo-droitier Jean-François Mayer, connu pour son passé de militant d'extrême-droite (9), converti au christianisme orthodoxe. Spécialiste des sectes, Mayer est employé par le ministère de la défense helvétique dans le cadre de l'enquête sur l'Ordre du temple solaire. Comme Massimo Introvigne, il participe régulièrement à la revue Politica Hermetica.
Or, il est intéressant de relever qu'une déclaration de soutien à Régis  Ladous, intitulée "Non à l'amalgame" a été signée, entre autres, par le  politologue Pierre-André Taguieff. Elle déclare : "l'honnêteté et le bon sens  nécessitent [...] que l'on apporte à Régis Ladous un soutien à sa personne  et à son travail scientifique, que nous savons tous étrangers, l'un comme  l'autre, au monde sectaire du négationnisme ". Or, Pierre-André Taguieff  est membre de la direction de la revue plusieurs fois évoquée Politica  Hermetica depuis sa création en 1986, au côté, entre autres, de l'exégète  d'Evola Philippe Baillet, de Marco Pasi, collaborateur à Orion, revue que Jean-Yves Camus et René Monzat qualifient d’«organe italien de la droite subversive, négationniste, philo-khomeiniste, membre du courant le plus radical de la Nouvelle droite européenne » (Les droites radicales et nationales en France, p. 297) [Ce passage a été modifié à la demande de Monsieur Marco Pasi. Voir sa lettre], du catholique  traditionaliste Jean Borella ou encore du royaliste Francis Bertin, et dans  laquelle Alain de Benoist et Alexandre Dougine ont signé des articles. Parfois  classé à gauche, Pierre-André Taguieff est surtout connu pour ses attaques  contre l'antifascisme et l'antiracisme, et ses travaux ont contribué à la  banalisation de la Nouvelle droite. Pierre Tévanian et Sylvie Tissot évoquent  d'ailleurs "la dérive poujadiste" de ce chercheur au CNRS (10). 
Une stratégie d'occupation du terrain des idées
Si Régis Ladous n'est évidemment pas un néonazi, et probablement pas lui-même négationniste, il fréquente des personnalités connues de la Nouvelle droite et du christianisme traditionaliste au sein d'une organisation apparemment scientifique (CESNUR), mais dont l'objectif réel est de faciliter la reconnaissance des sectes et de favoriser les rapprochements entre différents courants spirituels, sous le contrôle discret du Vatican. Il fait donc partie des universitaires "tolérants" qui favorisent l'accès à des titres universitaires pour des militants d'extrême-droite, conformément à la stratégie d'occupation du terrain des idées définie par la Nouvelle droite depuis plus de vingt ans. Enfin, il participe lui-même occasionnellement à des organes stratégiques du courant traditionaliste chrétien devenu dominant au sein de la Nouvelle droite (le CESNUR, Politica Hermetica). 
On peut d'ailleurs s'étonner que la revue catholique Golias qui a consacré un livre à l'affaire Plantin, n'a pas relevé l'appartenance de Ladous au CESNUR et par là, ses liens avec les chrétiens traditionalistes et le courant pro-secte, alors qu'il s'agit de sujets qu'elle étudie couramment. Elle a pourtant publié un ouvrage de Paul Ariès, par ailleurs plein d'inexactitudes et de fantasmes de feuilletonistes, qui consacrait une partie au CESNUR. La rapidité avec laquelle le dossier a été publié n'incite pourtant pas à y voir une quelconque malice. L'affaire Plantin/Ladous rappelle clairement qu'il ne suffit pas de s'attaquer aux militants d'extrême-droite identifiés comme tels, mais qu'il faut aussi analyser clairement les stratégies d'infiltration des lieux de savoir et d'occupation du champ culturel. Elle rappelle également que le milieu le plus complaisant vis-à-vis du négationnisme reste la mouvance catholique traditionnelle, qui est bien loin de se limiter à l'intégrisme lefèbvriste. Pour mener à bien cette étude critique, il est donc indispensable de s'intéresser de près aux courants religieux et spiritualistes et à l'ścuménisme prôné par les anti-antisectes comme le CESNUR. 
Suite à cette enquête, deux pistes de réflexion semblent se dégager. Premièrement, on peut voir dans cette complaisance, une manière de réhabiliter le régime de Vichy. En dédouanant le nazisme de ses actes les plus odieux, le négationnisme rend la Collaboration plus acceptable. Or la Révolution nationale de Vichy représente encore pour une partie de la droite catholique un modèle d'application de la doctrine sociale de l'Église. Deuxièmement, il y a convergence entre les désirs des négationnistes d'obtenir une légitimation universitaire et les visées prosélytes de leurs professeurs, pour qui ces jeunes, tout en étant dans l'erreur, peuvent être d'autant plus facilement ralliés qu'ils sont antimatérialistes et anticommunistes. C'est la même méthode qui est appliquée par le CESNUR aux groupes sectaires, sur la base du spiritualisme. 
C'est pourquoi il paraît nécessaire pour notre combat antifasciste radical d'intégrer pleinement l'athéisme et la critique antireligieuse dans tous ses aspects idéologiques et sociaux, en s'opposant clairement à toutes les religions et les sectes.
  

Nicolas et Syb  (11/00 & 04/00)