sans-papiers à Lille (France)  
Anarchasis n'a jamais pu souffrir la charité chrétienne !

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Lille (France), 
dimanche 21 novembre 99 :
"nettoyage des sans-papiers"
Le comité des sans-papiers de Lille occupait depuis de longs mois un pavillon du CHR mis temporairement à sa disposition et abritant environ 50 personnes en recherche de régularisation. Vendredi 19 novembre à 6h00 du matin les " forces de l'ordre "(!) sortaient de force les occupants. Ce n'est pas une évacuation sanitaire, les grévistes de la faim ne sont pas transférés à l'hôpital au regard de leur état de santé. L'initiative revient au Maire socialiste (!) Mauroy. Le CA du CHR n'a pas été consulté. L'évacuation s'est faite avec entre autres prétextes de la requête au TGI de Lille que les associations cocontractantes (MRAP et la LDH) n'avaient pas souhaité renouveler la convention qui les liait pour l'occupation du pavillon : c'est totalement faux et démenti. Tous les occupants, sans-papiers et soutiens, ont été jeté dehors sans ménagement, comme cette femme enceinte de 8 mois. Ils sont laissés parfois en sandales sous une pluie de grêlons. Leurs rares biens sont déposés dans un garde meuble à l'extérieur de l'agglomération. C'est à pied qu'ils ont rejoint à quelques kilomètres de là la bourse du travail. Quelques soient les soutiens des syndicats, les bâtiments sont communaux, Mauroy ne les laissera pas et les expulsera par la force.

Les seules "solutions" avancées sont des relogements individuels, alors que les sans-papiers veulent rester ensemble. Ou encore un local sous la responsabilité des associations dont tous les occupants seraient signalés et fichés et seuls certains sans-papiers en cours de régularisation seraient admis ; on ne veut pas entendre parler des autres sans-papiers. Tout comme des responsables de la Mairie en ont marre d'entendre le "gourou noir [un porte-parole du mouvement] claquer des doigts pour déclencher des mouvements". Tout est fait pour diviser le mouvement. Les sans-papiers veulent continuer à pouvoir se regrouper dans un local.

Dimanche 21 novembre 99 : " Un nouveau coup de hache "
Dimanche matin, les sans-papiers décident de trouver refuge dans l'église catholique Saint-Pierre-Saint-Paul du quartier populaire de Wazemmes, près d'un grand marché qui se tient chaque dimanche. Vers 14h00, les marchands plient bagages et les chalands se font rares. L'abbé Christophe Dufour, vicaire épiscopal et représentant de l'évêque, refuse la demande d'accueil, malgré l'avis de membres du comité paroissial " de tout temps, les églises et les chrétiens ont accueilli des pauvres, pourquoi pas aujourd'hui les sans-papiers ? " et ordonne tout comme Mauroy et le directeur du CHR avant lui l'expulsion. De son côté, le curé Dominique Desplanque estime que " c'est vrai qu'il y a un conflit d'humanité très fort, mais accueillir ces gens dans un espace qui ne dispose pas de sanitaires et n'est pas chauffé en dehors des messes, ce n'est pas humainement envisageable " - ou comment d'un argument humanitaire on arrive à foutre des gens à la rue ! -. 
expulsion dimanche ŕ Wazemmes
150 personnes présentes sur les lieux ou prévenues en hâte sont à l'extérieur pour soutenir les réfugiés " so-so-so, solidarité, avec les sans-papiers ! ", " police partout, justice nulle part ! ", " j'y suis, j'y reste, je ne partirai pas ! ". Bientôt les CRS, sections d'intervention et agents de la BAC (brigade anti-criminelle) viendront à 120 dégager à coup de matraques les entrées et les " RG " viendront " négocier " le départ des occupants. Déjà quelques visages tuméfiés et un manifestant sur le carreau, inanimé. "Pas de provocation, pas de violence !" imposent des membres du comité des sans-papiers. De fait la violence viendra bien de la police. Leur regard est haineux, ils pointent du doigt quelques manifestants déterminés, "je vais me payer ta sale petite gueule" doivent-ils penser. A nouveau les sans-papiers sont virés par la force, les poussant dehors, dégageant le passage à grands coups de matraque, sous les yeux écœurés de certains paroissiens. Sept manifestants repartiront en ambulance. 

L'envie de gueuler est trop forte, l'envie de pleurer devant cette violence, cette démonstration de force débile, cette insouciance, et des nuages de gaz lacrymogène est insoutenable. Pourquoi ? Mais arrêter de frapper, monstres ! Qui peut décider de faire couler le sang de gens qui veulent qu'on se préoccupe d'autres gens ? De quel droit ? Beaucoup sont venus soutenir les sans-papiers parce qu'ils sont militants organisés, militants contre l'injustice, pour la démocratie, pour que chacun puisse vivre dans des conditions acceptables, contre l'injustice, pour une autre société. Des manifs on en a vu, ça devient presque un réflexe. Mais là, peu importe notre engagement, comment accepter l'insoutenable scène sans hurler notre honte ? Je suis un humain, toi aussi, tu n'a pas de papiers donc tu est un humain inférieur, tu ne peux pas vivre ici car tu as commis la faute d'être né là-bas. Une personne lance : "on nous a dit qu'il y avait un Dieu dans cette église, que Dieu était pour tous les hommes ; mais on nous montre que Dieu est pour des hommes contre d'autres hommes". Peu importe de savoir si Dieu existe. Pour ceux qui y croyait, peuvent-ils croire encore à ce Dieu "d'amour, de fraternité" ?

mais que fait la police ?
Cette scène se passe-t-elle dans un pays d'extrême-droite ? Non. C'est une "démocratie" et la "gauche" est au pouvoir. Le Maire est "socialiste" ; leur ennemi est celui qui s'attaque à ses privilèges ! Le responsable de la police, ministre de l'intérieur, est au "mouvement des citoyens" ; leur ennemi est celui qui veut devenir citoyen ! Souvenez-vous, la coupe du Monde de football. Pasqua le nationaliste proposait la régularisation des sans-papiers, ému par ces petits arabes agitant le drapeau français ; Madelin le facho reconverti en ultra-libéral en faisait autant ! Ca représente quoi quelques dizaines de milliers de régularisation ? L'Italie l'a fait récemment sans problème ; les spécialistes expliquent que bientôt la population active sera trop peu nombreuse ; le travail clandestin est entretenu par cette politique de non-régularisation ; des milliers de gens sont exploités par leurs patrons ou leur propriétaire, survivent dans des conditions inhumaines.
Régularisez les sans-papiers !
Ils ont dit...

Communiqué de Pierre Mauroy, Sénateur-maire de Lille (in Voix du Nord datée des 21 & 22 novembre 99, quotidien régional)

"Cette décision d'évacuation a été prise en application d'une ordonnance du président du TGI, du 12 novembre.

Le CHR avait signé, le 23 octobre 1997, une convention d'occupation provisoire du pavillon Cordonnier avec le CHR, la Ligue des Droits de l'homme et le MRAP.

La ville a pris en charge les frais d'occupation du pavillon et le conseil municipal a voté, le 14 décembre 1998 : 
22 000 F pour la Ligue des Droits de l'homme et 22 000 F pour le MRAP.

Les services municipaux ont été invités à accueillir et aider à la constitution des dossiers des sans-papiers. J'ai demandé que les dossiers individuels, qui nous ont été transmis, fassent l'objet d'un suivi attentif et d'un lien constant avec la préfecture. Cent personnes ont été aidées en 1998 et cent neuf en 1999.

La ville a mis à disposition des salles pour les réunions publiques des sans-papiers. La convention d'octobre 1997, prévoyait une occupation du pavillon pour un an. Elle a été reconduite, le 24 octobre 1998, pour trois mois, puis le 24 janvier 1999 et une troisième fois, le 24 avril, pour six mois.

Cette convention est arrivée à échéance, le 24 octobre. Le CHR, préoccupé par la dégradation générale du pavillon, a demandé un contrôle par la Commission communale de sécurité, conclu la 5 octobre, par un avis négatif : état des installations électriques (fils dénudés et risques d'incendie) et détérioration des sanitaires (WC - lavabos douches).

Après cet avis négatif, j'ai signé un arrêté municipal d'interdiction d'exploitation du bâtiment. Le mouvement des sans-papiers m'avait informé des difficultés qu'il connaissait dans l'organisation du pavillon Cordonnier, en évoquant particulièrement le développement d'activités illégales.

Le CHR a saisi le président du TGI, qui a autorisé l'évacuation.

Cette ordonnance a été appliquée vendredi.

La préfecture est restée en contact avec la DDASS, la ville et les structures sociales. Ces contacts ont permis de proposer des solutions d'hébergement ou de logement en tenant compte des situations personnelles ou familiales. Ces propositions de relogement ont été acceptées par plusieurs des occupants et restent disponibles pour tous les autres. La ville continuera l'accompagnement et l'aide individuelle de tous ceux qui peuvent prétendre à la régularisation. "

Combien de bâtiments publics ne sont pas aux normes ? Les travaux n'étaient pas prévus avant fin 2000 ; pourquoi une telle précipitation ? Pourquoi refuser aux sans-papiers un autre lieu de lutte, si la seule raison st l'état dégradé du bâtiment ? Pourquoi personne ne se souvient d'avoir vu les membres de la commission de sécurité ? 

Réaction d'Annick Batalan, vice-présidente régionale de la Ligue des Droits de l'Homme

"Je suis scandalisée par l'expulsion de ces gens tout juste habillés. A 6h du matin, il grêlait ! J'éprouve une grande colère contre le mensonge qui nous est prêté par le CHR. Dans sa requête d'expulsion, le CHR nous a fait dire que nous n'avions pas la volonté de reconduire la convention. C'est faux, c'est scandaleux. La mairie a délogé les sans-papiers, il faut les reloger ! "

Réaction de Jean-Claude Dulieu, secrétaire général adjoint du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples

"Cette expulsion, qui s'est déroulée dans des conditions inacceptables, m'inspire plus que de la colère. Le jugement d'expulsion s'est appuyé sur des déclarations totalement fausses de la part du CHR."

Réaction d'Éric Corbeaux, responsable départemental de la CGT

"Cela s'est passé dans l'enceinte d'un hôpital public ! C'est un acte barbare. Il est scandaleux de se cacher derrière les arguments d'insalubrité des locaux et du réaménagement des locaux prévus à la fin de l'année 2000 pour justifier l'expulsion. En aucun cas, la direction du CHR n'a informé le conseil d'administration et les élus du personnel d'une démarche judiciaire. On veut casser la lutte des sans-papiers"

Yami (22/11/99)