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La démocratie perd les élections
Les résultats des élections européennes viennent de tomber. En France, seuls 44,23% des électeurs inscrits se sont exprimés. Selon la terminologie officielle, une abstention (52,98% des inscrits) ou un vote nul (2,79% des inscrits) ne s'exprime pas. C'est à dire que 55,77% peuvent ne se reconnaître dans aucun des candidats sans que cela empêche la démocratie de fonctionner. Ils ne se sont pas exprimés, c'était leur droit. Les commentateurs se complaisent pendant ce temps à analyser le bon résultat de Pasqua ou le mauvais score de Hue. 
Les véritables scores
A vrai dire, lorsqu'on regard le fonctionnement du système électoral français pour les élections européennes, une telle désinvolture ne surprend pas. Examinons d'abord les véritables scores de chacun.
 Liste  Nombre de voix   % des exprimés  % des inscrits
PS MDC PRG
3 855 535
21,95%
9,71%
Pasqua Villiers 
2297 657
13,08% 
5,79% 
RPR DL
2 229 937 
12,70%
5,62% 
Verts
1 703 817
9,70%
4,29% 
UDF
1 630 701
9,29% 
4,11% 
CPNT 
1 195 578 
6,81%
3,01% 
PCF 
1 194 490
6,80% 
3,01% 
FN 
1 001 982
5,71%
2,52% 
LO LCR 
912 784
5,20% 
2,30% 
MN
576 655
3,28%
1,45% 
Moins d'impôts 
310 546 
1,77%
0,78% 
Waechter
 268 276 
1,53% 
0,68% 
Combat pour l'emploi
177 692 
1,01%
0,45% 
Vivant Énergie 
124 629 
0,71%
0,31%
PLN
70 179
0,40%
0,18% 
97.2
5 188
0,03% 
0,01% 
Politique de vie
2 643
0,02% 
0,01% 
Parti humaniste 
2 477
0,01%
0,01% 
Ligue nationaliste 
1 058 
0,01%
 0,00% 
Vive le fédéralisme
16
0,00% 
 0,00%
 
 17561840
100 % 
 44,23%
Les chiffres sont les résultats officiels des élections. J'ai simplement ajouté le calcul du pourcentage de voix par rapport au nombre d'inscrits, qui se rapproche nettement plus du score réel de chaque partie. Avec 9,71%, le parti socialiste, donné grand vainqueur des élections, n'a pas de quoi pavoiser. La percée de la liste souverainiste Pasqua-Villiers, avec 5,79% des inscrits, parait illusoire. D'ailleurs, seules trois listes dépassent encore la fatidique barre des 5%. En effet, malgré ces scores ridicules, la redoutable machine des mathématiques électorales se met en marche. Les listes qui n'ont pas atteint les 5% des suffrages exprimés sont éliminées. 9 listes se partagent les sièges, alors que les 11 autres n'auront aucun élu. Ils représentent pourtant 1 539 359 suffrages, soit 8,77% des exprimés (et 3,88% des inscrits). Le système électoral permet donc d'éliminer sans encombre plus de 1 500 000 voix d'électeurs qui ont joué le jeu, qui ne se sont pas abstenus, qui ont choisi parmi les listes qui leurs étaient offertes. Le nombre d'électeurs dont on a tenu compte s'élève maintenant à 40,35%. Soit 2 citoyens sur 5. A ce stade, on peut difficilement parler de démocratie. Ce système permet d'ailleurs d'accroître discrètement le score de chacune des listes élues, puisque ils se partagent les pourcentages ainsi éliminés de la représentation. Ainsi, la liste socialiste passe-t-elle de 21,95% à 24,06%. Toujours avec 9,71% des voix...
Le vote utile contre la démocratie
Le système est donc clairement conçu pour éliminer les petites listes. Certaine parviennent tout de même à rentrer dans la cour des grands. C'est le cas de la liste LO-LCR, qui avec 2,30% des inscrits, parvient à sauter la barre des 5% et obtenir quelques sièges. Cette velléité des petites listes à devenir grandes gêne les partis habitués à se partager seuls le gâteau. Ils ont inventé contre cela une sorte de croque-mitaine qu'ils adorent agiter : le vote utile. Le vote utile, c'est le vote pour les partis qui vont gagner. Ce n'est pas la peine de voter pour les autres, puisqu'ils vont perdre. Ce serait seulement un vote protestataire, un votre contre. Un vote inutile. On nage en plein sophisme. Ce n'est d'ailleurs pas faux, puisque le système a précisément pour effet d'éliminer ces listes, condamnées à rester éternellement minoritaires faute de pouvoir faire leurs preuves. Mais la notion même de vote utile est négatrice de la démocratie. Cela montre la haute estime dans laquelle les politiques tiennent le débat démocratique.  En théorie, les élections permettent à chaque citoyen d'exprimer son avis, et dans un système  représentatif, de choisir ses représentants. Le vote utile, c'est  l'inverse : l'électeur est tenu de choisir entre les deux ou trois grands partis déjà établis, de se prononcer entre les subtiles nuances qu'ils affichent encore. Il est fondé sur un profond mépris des électeurs et sur une crainte de perdre la place.
La classe politique ne représente plus rien
Les chiffres donnés plus haut suffisent à démontrer que la classe politique ne représente plus rien. Ils sont déjà largement surévalués, car ils ne tiennent pas compte des quelques cinq millions de personnes qui ne sont pas inscrites sur les listes électorales, soit parce qu'ils ont refusé de le faire, soit parce qu'on le leur a interdit, en raison de leur origine "étrangère". Peut-on sérieusement gouverner avec un parti, voire une coalition de partis, qui n'atteint pas 10,00% des électeurs ? L'abstention massive montre que le système d'alternance est de train de sombrer. Le rejet de la classe politique n'est pas nécessairement le signe d'une dépolitisation. C'est peut être une prise de conscience de l'incapacité de ce système pseudo-démocratique a changer quoi que ce soit. Il ne reste plus qu'à en tirer la conclusion nécessaire. Cessons d'ignorer la classe politique. Foutons les dehors !
Nicolas (17/06/99)