Kuhn

La structure des révolutions scientifiques.


(Voir le livre de Thomas S. KUHN)

(pour la version anglaise, cliquer sur le drapeau)


Il est possible de modéliser les échanges dans la communauté scientifique à l'aide de la théorie exposée ici, en effet :

Qu'est-ce qu'une théorie ?
C'est un moyen de transmettre une certaine vision des choses.
Transmettre implique qu'il y ait :

Un émetteur:
l'auteur du message qu'est l' "Observateur"
Un récepteur:
la "Communauté Scientifique", formée des "Pairs" qui se reconnaissent comme tels
Un message:
la "Théorie" elle-même.
 

En ce qui concerne une théorie à caractère scientifique ou technique, ce message est en relation avec des "Objets".
Kant a voulu montrer que dans toute expérience, il faut distinguer deux éléments, l'un se rapportant à l'objet (l'objet "en soi") - que nous désignerons par "Objet 1", l'autre à la propre nature de l'observateur
Nous définirons comme objet "pour soi" ou "Objet 2", l'objet médiatisé par le scientifique. Bien que l'objet soit la cause de l'expérience, ce qu'en voit l'observateur dépend également de lui.

D'autre part, l'auditoire auquel s'adresse notre Observateur forme un groupe, avec sa propre culture, c'est à dire l'ensemble des connaissances admises. Ceci forme le "Paradigme" auquel il est convenu de se référer.
Dans ce champ s'élaborent les idées scientifiques, s'affrontent les thèses dans un travail incessant de justification, réfutation, falsification et vérification. Travail constituant la matière même du paradigme (au sens de Thomas S. Khun) au coeur duquel elles évoluent.
Nous pouvons schématiser ce pradigme pour y figurer les rapports qui s'y établissent de la façon suivante:

Champ du Paradigme :

  1. Expérience :
    Objet 2 ==> Observateur
  2. Communication :
    Observateur ==> Communauté
  3. Validation :
    Communauté ==> Paradigme
  4. Appropriation:
    Paradigme ==> Objet

La rétroaction finale est une modification du regard porté sur le Monde.
Tout paradigme portant en lui ses limites, délimite par là-même un champ d'expérience. Dans ce contexte, certaines expériences peuvent se révéler cruciales, en ce qu'elle prennent en défaut le paradigme admis.
Il n'y a plus alors de rebouclage : nous sommes devant un cas "catastrophique".
C'est par exemple, la mesure de la vitesse de la lumière, ou bien la théorie des corps noirs au début du 20ème siècle...
Cette représentation reste assez sommaire car s'y mêlent des préoccupations d'ordre différent: de l'observation brute à la réflexion menant vers une interprétation cohérente de l'objet, il y a un changement de niveau de langage.
De façon symétrique, l'expression de l'auditoire se formule assez rarement en propositions de tests et contre- vérifications directes.
Le débat ne redescend pas immédiatement sur le terrain expérimental et se limite dans un premier temps à un examen de recevabilité de la thèse proposée.
C'est dire que le précédent schéma, décrivant le discours scientifique, est inséré entre deux niveaux concernant des activités très différentes :
La démarche scientifique s'inscrit dans un modèle à 3 niveaux
Niveau 1 : le Champ d'Observation
Niveau 2 : le Paradigme
Niveau 3 : le Champ Sociologique

Champ de l'observation :

Il s'agit en particulier du travail en "laboratoire":

Dans un premier temps, l'observateur ne s'adresse à personne, mais délimite son champ d'observation, définit un protocole d'expérimentation, dont il utilisera directement les résultats pour affiner son expérience.
Dans ce travail, l'Observateur présente deux faces, tour à tour actives et passives:
d'une part il lui faut construire son expérience
(nous parlerons d'"Expérimentateur" et de "Protocole d'expériences"),
d'autre part il recueille le résultat et le confronte à la théorie qui l'a guidé
(nous parlerons de "Théoricien" et garderons le terme d'"Objet 1").

  1. Mise au point de l'expérience:
    Expérimentateur ==> Protocole
  2. Expérience :
    Protocole ==> Objet 1
  3. Observation :
    Objet 1 ==> Théoricien
  4. Ajustement du Protocole :
    Théoricien ==> Expérimentateur

Là se situent les considérations des épistémologues de tendance "réaliste" cherchant à définir ce qu'est l'expérience.
La prise en compte systématique d'une rétroaction de l'observateur/ expérimentateur sur l'objet est assez récente. Elle est devenu quasiment indispensable depuis les travaux d' Heisenberg dans les années trente.

Champ Sociologique :

L'activité scientifique ne se fait pas hors du champ social, en effet :
L'Observateur doit réunir les moyens de faire ses expériences
Il doit faire vivre son "labo", son équipe, présenter des budgets en respectant les normes de la cité : c'est ce qui défini son statut de "Chercheur",
La communauté scientifique est incluse dans un corps social, qui lui demande des comptes.
Elle doit justifier son utilité sociale, répondre aux attentes du public.
C'est dire que l'activité scientifique ne se développe pas librement, et se rapproche des corps sociaux les plus porteurs : d'où l'importance des justifications militaires pour certaines recherches.

  1. Communication :
    Observateur ==> Communauté
  2. Publication :
    Communauté ==> Société
  3. Evaluation sociale :
    Société ==> Chercheur
  4. Feed back:
    Chercheur ==> Observateur

Cette mise en perspective du débat scientifique permet de comprendre qu'il ne s'agit pas d'un pur et simple échange d'arguments entre pairs.
Il est toujours difficile de faire entendre une théorie nouvelle qui remette en cause le paradigme existant, car la remise en cause se joue sur les 3 niveaux précédents:
  1. Au niveau d' expérimental, il n'y a pas de crédits disponibles,
  2. Au niveau scientifique (paradigme) il heurte les théories admises,
  3. Au niveau social, il gène les institutions établies (d'où un manque de moyens au niveau 1 etc...)
Pour que le débat s'instaure, il faut donc qu'il soit jugé pertinent par la communauté scientifique, qu'il participe de ses préoccupations du moment.
C'est toujours possible, lorsque la théorie en question donne l'espoir de combler une lacune du paradigme.
Par exemple, les physiciens sont dans l'attente d'idées nouvelles pour sortir de la contradiction entre mécanique quantique et relativité.
La physique a connu nombre de "révolutions" qui l'on fait avancer par bonds, depuis Galilée.

Mais, il n'y a aucun espoir d'écoute lorsque le domaine investigué n'appartient pas à un champ d'interrogations jugé pertinent.

C'est précisément le cas de la théorie que nous occupe ici: aucune place pour une théorie de l'organisation sociale utilisant des outils de la physique.
Le problème n'est plus scientifique mais devient philosophique car nous touchons au statut même de l'individu.

Il cesse d'avoir un statut particulier, il n'est plus (comme l'"Observateur" décrit ici) qu'un morceau de structure portant sur quelques niveaux, noyé au sein de structures infinies: il devient FRACTAL

Structure à 3 niveaux :

(Remarque: cette structure à 3 niveaux peut être vue comme un hexagramme chinois. Voir ma page Y King)

Voir également la synthèse concernant ce type de modèle à 3 niveaux hiérarchiques.

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page updated on 02/02/99
author : Alain SIMON
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